

Cet article a été initialement publié sur:
https://www.leconomiste.com/sahara-le-maroc-doit-aussi-gagner-la-bataille-de-lopinion-americaine/

Le Cercle des Experts
Sahara: Le Maroc doit aussi gagner la bataille de l’opinion américaine
Par Calvin DARK | Edition N°:7152 Le 09/12/2025

Calvin Dark est analyste américain des affaires internationales et président de RC Communications, basé à Washington, D.C., et à Rabat. Ancien boursier Fulbright au Maroc, il siège actuellement au conseil d’administration national de la Fulbright Association.
L’adoption historique de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité a ouvert une nouvelle étape décisive dans la marche vers une solution définitive au conflit du Sahara. Mais le Royaume, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, montre clairement qu’il ne s’agit pas seulement d’un succès diplomatique ponctuel. La rencontre récente, ordonnée par le Souverain, entre ses conseillers et les dirigeants des partis représentés au Parlement, vise à actualiser et détailler l’Initiative d’autonomie en consultant largement l’ensemble des forces vives du pays. Cette démarche participative témoigne d’une vision à long terme: le Maroc ne veut pas seulement gagner une bataille diplomatique – il veut réussir durablement la paix. Cette vision met en évidence une vérité essentielle: le soutien interne, aussi massif soit-il, ne suffit pas. Pour que l’Initiative d’autonomie s’impose durablement comme solution unique et crédible, elle doit être accompagnée d’un travail pédagogique et d’adhésion non seulement auprès des citoyens marocains, mais aussi auprès des partenaires stratégiques du Royaume – au premier rang desquels les États-Unis.
​
Clarifier, détailler…
​
Or, si les Marocains connaissent bien les enjeux du dossier, les Américains, même parmi les décideurs, ne comprennent pas toujours ce que propose réellement l’Initiative d’autonomie ni pourquoi elle est indispensable à la stabilité du Sahel et du Maghreb. Dans ses orientations, le Souverain appelle les responsables politiques marocains à expliquer, clarifier et détailler cette initiative au public national. Ce même esprit doit guider la diplomatie marocaine à Washington: une pédagogie soutenue, structurée et surtout bipartisane pour mobiliser à la fois démocrates et républicains. Ayant travaillé depuis deux décennies à Washington sur la question, j’ai constaté que le niveau d’information des Américains sur le Sahara reste très variable. Certains comprennent l’urgence humanitaire et l’absurdité de maintenir un conflit de la guerre froide.
​​

Témoignages poignants
​
Beaucoup d’autres, en revanche, n’ont jamais entendu parler des réalités vécues par les populations retenues dans les camps de Tindouf, ni des efforts considérables déployés par le Maroc depuis plus de dix ans pour développer économiquement et socialement ses provinces du Sud.
En 2005, j’ai eu l’honneur de participer à la mobilisation autour de la campagne «Free Them Now» visant libérer les derniers prisonniers de guerre marocains en Algérie aux côtés du feu sénateur américain et ancien prisonnier de guerre John McCain. Nous avions sensibilisé des responsables américains aux témoignages poignants d’anciens détenus sahraouis du Polisario.
Ce travail de terrain avait permis de briser des préjugés et de créer une prise de conscience authentique. Ce type d’action reste aujourd’hui nécessaire: l’opinion publique et les décideurs américains doivent voir, comprendre et ressentir la différence entre ce que propose le Maroc et ce que perpétuent l’Algérie et le Polisario.
​
Instrumentaliser la souffrance
​
Les faits sont clairs. Le Maroc investit massivement pour offrir des opportunités économiques réelles dans les provinces du Sud: infrastructures, énergies renouvelables, ports, attractivité touristique et intégration politique pleine et entière des Sahraouis. De nombreux pays ont ouvert des consulats à Laâyoune et Dakhla, soutenant concrètement cette dynamique. Parmi ce nombre sont les États-Unis dont la disposition à ouvrir un consulat à Dakhla durant le second mandat du président Donald Trump a été récemment confirmée par Massad Boulos, conseiller présidentiel pour l’Afrique et le Moyen-Orient. À l’inverse, l’Algérie et le Polisario continuent de maintenir des milliers de Sahraouis dans une précarité inhumaine, en instrumentalisant leur souffrance au service d’une logique géopolitique figée. Face à cette comparaison, le choix est clair – mais les Américains doivent être suffisamment informés pour pouvoir le faire.


​
​C’est pourquoi le Maroc doit mener aux États-Unis une stratégie davantage ciblée, moderne et capable de toucher les deux camps politiques. Depuis 2020, les républicains ont exprimé un soutien particulièrement fort au plan d’autonomie et à la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine. Ce soutien durable est un atout majeur pour Rabat. Mais, dans les mois à venir, Washington pourrait entrer dans une phase de gouvernance divisée, avec un Congrès potentiellement contrôlé par les démocrates et une Maison-Blanche républicaine. Le Maroc ne peut donc pas compter sur un seul camp: il doit investir dans une diplomatie pédagogique bipartisan afin de préserver une continuité stratégique, quel que soit le résultat des élections de 2026 au Congrès et de 2028 pour la Maison-Blanche.
​​
Devenir un consensus
​
Le succès final de l’Initiative d’autonomie dépendra en partie de la capacité du Maroc à faire comprendre aux Américains que cette solution n’est pas seulement juste pour le Royaume, mais aussi bénéfique pour les intérêts américains. Washington recherche depuis longtemps un Maghreb stable, ouvert au commerce, partenaire sécuritaire fiable et résistant aux ingérences extérieures.
L’Initiative d’autonomie permet exactement cela. Mais pour que cette évidence devienne un consensus à Washington, un effort soutenu, structuré et constant d’explication s’impose.
En somme, tout comme Sa Majesté a lancé un processus national inclusif pour finaliser l’Initiative d’autonomie, le Maroc doit engager une démarche similaire aux États-Unis: informer, convaincre, rassembler. L’avenir du Sahara ne se jouera pas uniquement dans les chancelleries ou aux Nations unies, mais aussi dans la capacité du Maroc à gagner la bataille des idées – au Maroc, mais aussi à Washington.**
